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Sur les célébrations du Prix Nobel de la Paix de Dominique Pire

A l’occasion du 45ème anniversaire de l’attribution du Prix Nobel de la Paix au Père Pire, l’asbl «  Espère en Mieulx  » et le Centre Culturel Régional de Dinant d’où il était originaire ont organisé une exposition retraçant sa vie et son action. Cette exposition laissait également une large place aux associations qui ont prolongé son œuvre. Lors de la séance académique précédant le vernissage, elles ont été invitées à prendre la parole. Dans son intervention, notre association, se basant sur les principes qui l’animent depuis l’origine, a avancé quelques pistes de réflexion pour l’avenir. Ses propos ont reçu un accueil très favorable et il nous a semblé intéressant de vous en faire part également.

Zone de Texte: 27 février 1949. Dominique Pire sort d’une conférence sur les «  personnes déplacées  », comme on les appelle à l’époque,  sur ces réfugiés, coincés entre l’Est qu’ils ont fui et l’Ouest qui ne veut pas d’eux. Maintenant qu’il sait, Dominique Pire va agir. S’emparant à bras le corps du problème des réfugiés, il crée pour les accueillir quatre homes en Belgique, sept villages européens et pour créer un maillage de la solidarité à travers l’Europe, il convainc des milliers de personnes de parrainer un réfugié.
Et cette aventure dure depuis plus de cinquante ans. L’ «  Aide aux Personnes Déplacées  », c’est en effet plus de cinquante ans d’aide aux réfugiés, ici et ailleurs.

Bien sûr, les temps changent. Les défis aussi. Et fatalement, les réponses que nous leur apportons.
Ici, l’Aide aux Personnes Déplacées procure un accompagnement psychosocial aux demandeurs d’asile, aux déboutés, aux sans-papiers. En bref, à tout exilé, quel que soit le nom que lui impose son statut administratif.
Ailleurs, la toute récente association «  Action Développement Parrainages Mondiaux  », dernière-née de la «  Fondation Dominique Pire  », mène des actions de développement communautaire qui viennent compléter, renforcer l’impact des parrainages individuels.

Les temps changent.  A la fois symptômes et victimes de l’état du monde, les réfugiés fuient toujours les dictatures, la guerre. La guerre des armes bien sûr mais aussi celle de la misère qui écrase le Sud et qui rôde déjà dans les métropoles européennes. Aux yeux des laissés pour compte de la mondialisation, les pays du Nord sont un Eldorado et ils sont prêts à tout pour y venir tenter leur chance. Pourraient-ils   d'ailleurs se douter des réalités de l’envers du décor alors que la télévision, jusqu’aux fins fonds de   l'Afrique ou de l’Asie, leur présente en permanence la civilisation occidentale comme l’accès  garanti à un inégalable bonheur ?
Mais alors, s’ils fuient la misère, ce ne sont plus des réfugiés politiques ? Pour toute réponse, nos responsables se contentent de placer des obstacles supplémentaires sur le parcours du demandeur d’asile qui au gré des aléas de la procédure, mendie l’aide matérielle dans les centres d’accueil, se demande quel délit il a bien pu commettre pour se retrouver dans un centre fermé et quitte notre pays, la rage au cœur, scotché «  pour sa sécurité  » sur le siège de l’avion qui l’expulse.

En préface au livre marquant notre cinquantième anniversaire, Colette Braeckman écrivait : «  Il est évident que, quelque part, ces gens sont victimes de la politique. Une certaine politique qui entrave le développement, alourdit sans cesse la dette des pays pauvres, tolère les dictatures, renverse des régimes sans proposer d’alternative crédible ou d’assistance conséquente.  »

Chercher à maîtriser l’immigration à coup de mesures dissuasives en portant atteinte à la dignité des migrants est inefficace. Le 24 février dernier, le journal «  Le Soir  » titrait : «  L’immigration continue vers les pays riches, malgré la crise et les contrôles  ». Il est évident que repousser les gens ne fait pas disparaître les raisons pour lesquelles ils ont tout abandonné et décidé de partir.  L’inefficacité de cette politique n’a d’égal que son manque de pertinence. Qui a intérêt que ces gens perdent confiance en eux et en nous  ? Soit ils seront autorisés à s’établir en Belgique et il tombe sous le sens que l'ostracisme dont ils auront fait l’objet ne pourra que constituer un frein à leur intégration. Soit ils devront partir et dans le contexte mondial actuel, alimenter le ressentiment et la rancœur à l’égard des pays occidentaux  est pour le moins malvenu.
A l’ «  Aide aux Personnes Déplacées  », nous avons une image pour expliquer la politique belge en matière de droit d’asile. A l’étage, la baignoire déborde et la seule solution qu’on a trouvée, c’est d’empiler des torchons au bas de l’escalier sans jamais s’occuper du robinet.

Il serait donc temps de faire preuve d’un peu d’imagination. Interpréter la Convention de Genève de manière moins restrictive pour couvrir un maximum de situations, prendre davantage en considération des motifs humanitaires, cela découragerait sans doute plus sûrement les fraudes que toutes les mesures dissuasives, parfois, dégradantes et peu respectueuses de la dignité humaine, toujours, qui ont été prises jusqu’à présent.
Accueillir des réfugiés, ici, reste un travail toujours actuel et nécessaire à mener de pair, là-bas, avec les efforts de développement destinés précisément à créer les conditions pour qu’il n’y ait plus d’exilés. Plutôt que de nous essouffler à rendre nos frontières imperméables, de nous replier sur nos nationalismes frileux, créons les conditions économiques, sociales et politiques qui rendront à chacun le droit de vivre chez soi. C’est à ce prix seulement que nous éviterons de voir se réaliser la prédiction de Dominique Pire qui, dans son livre «  Vivre ou mourir ensemble  », écrivait : «  Les désespérés ne trouvant pas de porte démoliront les murs  ».

Le 50ème anniversaire du Prix Nobel de Dominique Pire a été l’occasion pour nous de faire résonner notre travail dans les médias : retrouvez ci-dessous un reportage réalisé par Aurélie Schilings (Ma Télé) dans lequel s’exprime notamment Andrée Wolper, proche collaboratrice du Père Pire qui travaille encore aujourd’hui à nos côtés. Trouvez également une vidéo réalisée à l’occasion de cette célébration, retraçant notre parcours et l’esprit du Père Pire.

Zone de Texte: Découvrez ici 
le reportage 
d’Aurélie Schilings
Zone de Texte: Découvrez ici la 
video retracant le parcours
de dominique pire

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